Entretien : Marie-Thérèse de Bourbon Parme

 

Nous recevons ce soir Son Altesse Royale la Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme.

 

L’Espagne est en ce moment au centre de l’actualité, entre autres avec les conséquences de la crise qui ne cessent de se traduire sur l’économie du pays.

La maison de Parme est une branche de l’illustre maison de Bourbon, qui a régné sur les Duchés de Parme et de Plaisance. Héritière des rois Carlistes en Espagne, elle se considère comme l’héritière en France à la fois de la Légitimité et de la branche aînée. (éteinte avec le Comte de Chambord).

Soeur du dernier Duc de Parme, Carlos Ugo et tante de l’actuel Duc de Parme, elle oeuvre en Espagne pour la solution Carliste que représente sa famille, de sensibilité Chrétiens de gauche.

Le Carlisme est une formule historique espagnole, proche du peuple, parfaitement bien connue en Espagne, particulièrement implantée par exemple en Catalogne, en Navarre, dans la région de Valence, au Pays-Basque espagnol. 

Elle publie prochainement la version française de son ouvrage consacré à sa famille, aux Editions de Maule.

Nous reviendrons avec elle sur plusieurs questions approfondies, sur le sens de l’Autogestion dans le Carlisme.

Elle nous livre ce soir sa vision actuelle du Carlisme pour l’Espagne et pour l’avenir.

   Photo qui fut prise à Jérusalem     
©Royauté-News

 

Entretien avec la Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme –

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Royauté-News : – Quel est le lien qui unit, fondamentalement, ainsi qu’aujourd’hui, le Carlisme au Peuple espagnol, et pourrait-on le définir ?

Princesse Marie-Thérèse de Bourbon Parme :

En 1833 meurt le roi Ferdinand VII, le roi le plus néfaste que l’Espagne ait connu, servile vis-à-vis de Napoléon, traître à son peuple. Avant de mourir il change (sans l’accord des Cortès, le parlement) la loi semi-salique promulguée par les Bourbons à leur arrivée en Espagne. Les femmes ne peuvent accéder au trône qu’à l’extinction des mâles de la ligne dynastique. Il place sa fille Isabelle sur le trône au lieu de son frère Carlos Maria Isidro. Il y a tout de suite un soulèvement populaire en Espagne en faveur de Don Carlos. Surtout parce que ce prince déclare qu’il respectera les fueros (droits régionaux, libertés régionales) des provinces qui en jouissent encore (comme au Pays Basque) et qu’il les restaurera là où elles avaient été supprimées (comme en Catalogne).

C’est ainsi que commence l’aventure, la « saga carliste », qui va se poursuivre jusqu’à nos jours. Trois guerres civiles et une activité propagandiste, idéologique, intense. Voilà le bilan de cette longue et féconde permanence avec d’une part une dynastie engagée, tant sur le plan militaire que sure plan politique et des peuples, les peuples des espagnes (comme disent les Carlistes) organisés en parti politique, ou en armée aguerrie (les requetes). Leur barrière : la défense de la Religion (pas forcément de l’Eglise, toujours soumise au régime en place), la Patrie (c’est-à-dire l’union des patries, puisque le Carlisme est fédéraliste), les fueros et le Roi légitime.

Le lien qui unit le Carlisme au peuple espagnol vient de ce passé belligérant qui a supposé tant de sacrifices et de l’espérance qu’un jour ce pourquoi il s’est tant battu, voie le jour sous une forme nouvelle.

– Qu’est-ce qui fait qu’au delà de la crise, l’Espagne est bancale aujourd’hui ? L’élan démocratique permis par Juan Carlos est-il maintenant éteint et faut-il un nouvel élan ?

L’élan démocratique a été le fait de l’union de tous les partis clandestins de gauche et de certaines personnalités de droite, de forces sociales non forcément partisanes (comme les tables démocratiques des villes et des villages rassemblant toutes leurs forces vives). Cet élan a supposé de très nombreux efforts, de très nombreux sacrifices pendant des années, dès les années 60. Vers la fin du Franquisme un pacte secret a sanctionné l’accès du Prince Juan Carlos, l’homme de Franco, au pouvoir, ce que demandaient les tenants du régime les plus disposés au consensus, et l’acceptation de sa part du programme de l’opposition unie, c’est-à-dire la démocratie, ce que demandait justement cette opposition.

A l’heure de la transition démocratique il y a eu élan extraordinaire de fraternité et de réconciliations entre adversaires. Malheureusement ce que nous, et d’autres, considérions comme un stepping stone, un premier succès démocratique susceptible de nous mener plus loin avant dans ce sens, (davantage de justice et de solidarité avec les pays émergents) a été considéré par ceux qui sont arrivés au pouvoir, qui, la plupart du temps, n’avaient pas été dans les combats de la démocratie souterraine, comme un statu quo. il y a eu cependant  beaucoup de choses positives de faites. Malheureusement aussi la gabegie, des dépenses somptuaires et inutiles et une corruption néfaste de la part de très nombreux dirigeants politiques. L’élan démocratique a été brisé, la défiance, la haine entre vainqueurs et vaincus attisée de toute évidence par certains intérêts politiques, a fait très malheureusement sa réapparition.

– De quelle manière les provinces carlistes (voir notre présentation) peuvent-elles apporter quelque chose aux autres provinces et donc à toute l’Espagne ?

Les provinces qui ont gardé leurs fueros ont été mieux organisées et davantage démocratiques dans leur gestion que les autres. Il y a eu sous le roi Carlos VII un véritable état Carliste dans le nord de l’Espagne, avec ses douanes, son courrier, sa monnaie, reconnu par la plupart des puissances étrangères, exemplaire par la bonne marche de son administration et sa gestion démocratique.

Ainsi les provinces historiquement Carlistes peuvent être un exemple valable en termes modernes pour d’autres provinces, ou nationalités (un terme en usage) avec lesquelles elles veulent s’unir dans une structure confédérale.

– La violence séparatiste doit-elle être considérée comme un aveu de l’impuissance gouvernementale devant ce qui est d’abord un problème constitutionnel ?

La violence séparatiste a des racines historiques. Lorsque les armées Carlistes furent battues par les armées gouvernementales, plus puissantes, appuyées entre autres parles régimes des monarchies bourgeoises de l’époque (Louis-Philippe, l’Angleterre), les fueros ont été abolis. D’autre part le régime en place sous la monarchie dite libérale a pris les terres, tant celles de l’Eglise que celles, collectives, des villages, condamnant les paysans qui en vivaient à une extrême misère. L’exaspération populaire contre l’état spoliateur a conduit, et s’est traduit par la volonté de s’en séparer. Le Carlisme, partisans de l’autonomie des provinces, a toujours été l’adversaire du séparatisme. Le problème constitutionnel vient du fait que l’autonomie des provinces, reconnue par la constitution en vigueur, n’a été qu’une demi-mesure. L’impuissance du gouvernement, c’est aussi l’impuissance « d’élites » politiques qui ont perdu l’esprit de consensus de la transition démocratique et le sens de la réalité. La question désormais n’est pas d’ordre juridique, mais d’ordre passionnel.

– L’image très bousculée de la monarchie juancarliste, au point que depuis plusieurs mois, on s’interroge en Espagne sur l’après Juan Carlos, allant jusqu’à souhaiter une transition vers une autre forme de gouvernement (aile républicaine), tandis qu’une vaste partie de la population remet en cause la monarchie; si cette désaffection s’accentue, la solution Carliste que vous représentez avec votre famille, va-t-elle se manifester, pour susciter elle-même son retour en grand ? En même temps, si la question institutionnelle était posée, qui devrait la poser ?

Ce n’est pas le rôle d’un prince de poser la question institutionnelle mais c’est au peuple espagnol qu’il revient de la poser et de décider du régime qu’il désire, et il existe en Espagne quantité de collectifs qui en sont désireux. Ce que mes neveux, et en particulier celui qui est le chef de famille, désirent, c’est avant tout d’être des référents, des référents politiques par les proposition qui sont les nôtres depuis toujours, mais sous un éclairage moderne et même futuriste, comme le projet de gestion collective, des référents moraux, des leaders capables de redonner confiance par leur capacité de susciter des solutions originales.

– Les Espagnols sont-ils attachés aux Bourbons ou plutôt, au contraire allais-je dire, en prenant la question autrement, tiennent-ils, comme partie de la culture du pays à l’idée d’une monarchie traditionnelle et à ses légitimes représentants ?

Curieusement on appelle « Bourbon » en Espagne la dynastie dite libérale. L’autre dynastie (la nôtre) est simplement appelée Carliste. les espagnols n’ont jamais été monarchistes, mais ils sont attachés à une dynastie, ils sont « dynastiques », c’est pourquoi les partisans de Don Juan étaient appelés « juanistes », ceux de Don Carlos, Carlistes et plus tard « carlohugoïstes ». Le peuple Carliste, ce qu’on pourrait appeler le Carlisme Sociologique, qui ne font pas partie d’une organisation, a quelque chose de particulier. Le long souvenir Carliste, son histoire générales et ses ,histoires particulières, les sacrifices qui ont été consentis, les espoirs qui ont été soulevés, forment une masse incandescente capable d’accomplissements extraordinaires comme de son propre aggiornamento.

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©Royauté-News

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