L’Interview d’Emilie Barrucand

Projetée dès le début 2011, cette interview a pu récemment prendre forme opportunément, et nous la publions alors que le Chef Raoni vient de lancer un nouvel appel à Rio pour alerter l’opinion publique.  RN 1

 

 

Emilie Barrucand est ethnologue, et directrice de l’ONG Wayanga.

 

Elle défend les Peuples Autochtones de l’Amazonie, parmi lesquels elle est devenue l’un des leurs.

S’immergeant régulièrement au coeur de la Forêt Amazonienne, entre autres nombreuses missions, elle a archivé, à la demande du Chef Raoni, le patrimoine culturel Kapayo.

 

Elle est la fille spirituelle du Chef Raoni, qui a fait d’elle sa représentante.

 

Elle a publié en 2005 le livre WAYANGA, Amazonie en sursis, au Cherche-Midi.

Photographe : Pierre Perrin. (15 € 20)

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Je vous invite à visite le site de Wayanga  (clic ! )    http://www.planetattitude.com

 

Vous pourrez ( Agir avec nous ) et aider Wayanga et Emilie Barrucand.

 

Je suis très heureux de l’accueillir aujourd’hui.

 

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L’Interview d’Emilie Barrucand –

– Après votre livre de 2005, quelles sont les menaces à court terme et les périls immédiats ?

Le rapprochement des colons des terres autochtones accroît le risque d´épidémie (grippe, malaria…) et menace les cultures et les langues autochtones de disparition.

Les peuples autochtones et l´Amazonie sont aussi menacés par l´avancée des champs de soja ou encore par des projets tels que la construction de routes et de barrages. Comme le barrage de Belo Monte dont mon livre parlait déjà et au sujet duquel Wayanga a produit un rapport, à la demande de la Commission des Droits de l´Homme en 2007, sur les dangers que Belo Monte représentait –et représente toujours ! – pour les peuples autochtones. Ce barrage, prévu pour être le troisième plus gros barrage au monde après celui des Trois-Gorges en Chine et d´Itaipu, situé à la frontière entre le Brésil et le Paraguay, est en cours de construction sur le Fleuve Xingu. Affluent de l´Amazone, ce fleuve traverse les terres de nombreux peuples autochtones, dont celles des Indiens Kayapo avec lesquels je travaille depuis 11 ans déjà. Les impacts prévus de ce projet sont : la pollution des eaux que les Indiens boivent et dans lesquelles ils se baignent, la mort d´une multitude de poissons et la baisse de leur reproduction alors qu´il s´agit de l´unique source en protéine animale d´une partie des peuples du Xingu, la destruction d´écosystèmes rares… La construction du barrage de Belo Monte va également entraîner l´augmentation de la déforestation dans la région puisque les routes tracées pour sa construction devraient faire migrer les populations non-autochtones vers des zones de forêt jusque-là protégées.

– De quelle façon les particuliers peuvent-ils agir très concrètement et tout de suite pour peser [sur les puissances politiques… ndlr ] et que faire exactement ? Aux publicités du WWF pour les Grand Singes par exemple, doit-on préférer soutenir des projets privilégiant d’abord les habitants, ou au contraire les différentes opérations sont-elles complémentaires ?

Il est important de protéger la faune et la flore. Et je trouve que le WWF mène de belles campagnes de sensibilisation. Tout comme j´approuve les actions menées par Greenpeace.

Wayanga et moi-même, nous concentrons d´abord sur les hommes. Il ne faut pas oublier en effet que les peuples autochtones sont les premiers protecteurs des écosystèmes les plus riches de la planète, et encore préservés grâce à leur mode de vie et à la gestion durable de leurs ressources.

Suivant le souhait des anciens Kayapo et du chef Raoni de sauvegarder leur culture pour leurs futures générations, j´ai mis en place, avec Wayanga, chez les Indiens Kayapo, un programme axé sur la corrélation entre préservation des cultures et préservation de la biodiversité. Les peuples autochtones ne sont pas destructeurs, comme nous le sommes, de l´environnement, mais ses protecteurs, et ce grâce à leur mode vie respectueux de l´environnement et à leurs connaissances ( gestion durable de la forêt, pédologie, zoologie…). En les aidant à préserver leurs cultures et leur mode de vie respectueux de l´environnement nous les aidons à continuer de préserver la forêt, les plantes et les animaux qui y habitent…

Les Kayapo sont de culture orale. Grâce à ce programme, ils pourront, en plus de maintenir leur gestion durable et respectueuse de la forêt, préserver les savoirs de leurs anciens pour toujours – que nous archivons -, réintroduire dans leur culture certaines cérémonies, pratiques, mythes… que j´ai identifiées avec eux comme en voie d´oubli. Nous allons prochainement distribuer dans leurs villages une collection d´enregistrements des ces connaissances en voie d´oubli, que j´ai effectués auprès de leurs anciens au cours de ces dernières années. Un Centre de Préservation de la Culture Kayapo devrait également voir le jour prochainement en pleine forêt.

Je travaille sur place avec des jeunes leaders autochtones, choisis par leurs communautés pour défendre leurs peuples et pour apprendre à utiliser certains outils des « Blancs » pour cela. Je les ai formés à l´utilisation d´équipement audio. Wayanga leur a financé des formations informatiques, à d´autres des formations en comptabilité, en langues étrangères afin qu´ils puissent pouvoir mener eux-mêmes des projets pour la défense de leurs peuples et travailler au sein d´organisations locales.

Nous avons besoin de soutiens financiers pour continuer nos projets. Mais aussi de bénévoles pouvant rédiger des articles pour notre site internet ou à diffuser sur la toile, pour sensibiliser le public aux dangers qui pèsent sur ces peuples et sur la forêt, des bénévoles aussi pour traduire des textes (français, portugais, anglais…), d´autres pouvant nous aider à trouver des fonds, à améliorer notre site internet, une attachée de presse…

Il faut communiquer le plus possible sur les problèmes que ces peuples rencontrent afin que des mesures soient mises en place pour mieux protéger leurs terres et respecter leurs – Le problème amazonien est-il donc d’abord causé comme on le dit, à la déforestation entre autres par des entreprises internationales ?

Des entreprises multinationales mais aussi nationales sont actrices de la déforestation. Exploitants forestiers, miniers, entreprises agricoles exploitant le soja et élevant des bovins…

Le rapprochement des colons des terres autochtones, la mise en place de projets de développement ou encore d´éducation non adaptés et intégrationnistes chez certains peuples autochtones peuvent pousser aussi ces derniers à délaisser leurs traditions, leurs langues, leurs mode de vie respectueux de la forêt qui les rendaient justement protecteurs de cette dernière. D´autres problèmes identifiés ont été évoqués un peu plus haut.

– La passion vient-elle, ou se développe-t-elle d’habiter un univers paradisiaque et luxuriant et l’idée qu’on s’en fait ?

Enfant, j´étais déjà fascinée par ces peuples. Mais aussi par la forêt amazonienne. Forte d´avoir une grand-mère qui a dédié une partie de sa vie aux plus démunis, et que je suivais dans ses actions, j´ai été très tôt sensibilisée aux injustices et à la force de l´engagement et de la solidarité.

– Les Kayapo et les autres peuples autochtones amazoniens, en plus de conserver leur mode de vie et leur habitat, désirent-t-ils ne pas se laisser atteindre par les tentations offertes par les colonisateurs ? Pourriez-vous évoquer brièvement les différents peuples que vous avez rencontrés ?

En plus des projets avec Wayanga auprès des Indiens Kayapo, j´ai commencé une étude sur la possibilité de mettre en place un projet pour les Indiens Pareci, qui leur permettrait de produire des essences naturelles pour le commerce, tout en respectant et en s´adaptant à leur organisation sociale traditionnelle et aux écosystèmes présents sur leurs terres. Ce qui leur permettrait d´acquérir des rendements pour survivre, car ces derniers, -ce qui n´est pas le cas des Kayapo qui vivent plus de manière autarcique- sont en contact depuis plus longtemps que les Kayapo avec la société nationale, ont de plus petites terres, vivent plus près des villes et ont besoin d´un minimum d´argent pour faire face à leurs besoins. Ce projet leur permettrait également d´agir contre la déforestation. Wayanga a récemment fait don de matériel photo-vidéo aux Pareci, pour qu´ils puissent sauvegarder eux-mêmes la mémoire de leurs anciens. Elle avait déjà apporté un soutien politique aux Pareci en invitant certains de leurs leaders politiques à des rencontres –non officielles- inter-ethniques que nous avions organisées, au Brésil. Nous avons également organisé en 2005 la visite européenne d´une délégation de représentants politiques autochtones d´Amazonie (Yawalapiti, Kayapo, Pareci). Nous les avions fait recevoir au Parlement Européen, à l´Élysée, à la Commission Européenne, à l´ONU et permis de s´exprimer devant de grands auditoires (notamment au sujet de Belo Monte) lors de différentes tribunes que Wayanga avait organisées (Conférence avec Amnesty et GreenPeace, Conférences de Presse à Paris, Genève…). Depuis le début de mon engagement, j´ai été amenée à me rendre aussi au Brésil, chez les Indiens Juruna, Kalapalo, Kuikuro, Ashaninka, Irantx, Bororo…

– Pouvez-vous compter sur des personnalités très engagées pour la cause de l’environnement, comme Charles d’Angleterre, ou d’autres ?

Wayanga est soutenue par la Fondation Prince Albert II de Monaco, par les acteurs Guillaume Canet, Marion Cotillard, Maud Bucquet, Grégori Dérangère, la styliste Diane von Furstenberg, le journaliste Laurent Bignolas, Nicolas Hulot. J´ai dailleurs présenté Nicolas Hulot au chef Raoni, l´année dernière, lors du tournage du dernier Ushuaia Nature, spécial Amazonie, dont j´étais la consultante et dont j´étais chargée de l´organisation. Nous recherchons d´autres personnalités pour nous soutenir.

– Avez-vous appris le Brésilien et la langue Kayapo « sur le tas » ? Vos préférences et goûts Mode lorsque vous êtes en métropole, et lorsque vous êtes au Brésil ?

J´ai étudié le portugais au lycée et appris le Kayapo au fil du temps, sur place.

Au Brésil, j´ai toujours mes Havaianas, même pour marcher en jungle : ma seconde voûte plantaire !!

Même si les actions que je mène peuvent paraître assez masculines, je n´en reste pas moins très féminine. J´aime les robes ; être à la fois naturelle tout en gardant un côté gracieux.

– Quel est votre avis sur l’opération lancée au mois d’Avril par Colin Firth pour les Indiens Awa ?

J´approuve tout-à-fait cette opération qui a permis aux Awas de faire connaître la situation difficile qu´ils rencontrent, la menace que les bûcherons représentent pour leur survie et celle de leurs terres. Il faut en effet que les célébrités se mobilisent pour donner plus de portée au messages et aux cris d´alerte de ces peuples.

– La famille Impériale du Brésil, dont la popularité est très grande, pourrait-elle s’impliquer dans votre démarche si ce n’est pas le cas, et aimeriez-vous qu’elle le fasse ?

Je ne connais pas personnellement la famille Impériale du Brésil. Oui, bien sur, obtenir son soutien serait très positif pour les Indiens. Je veux parler d´un soutien financier mais aussi relationnel. De nous faciliter des rencontres politiques, médiatiques, en nous faisant bénéficier de son réseau relationnel, par exemple.

– Une fois sauvegardées les coutumes et la mémoire du peuple Kayapo, ressentez-vous maintenant qu’il vous reste à accomplir un long et difficile travail pour la sauvegarde de l’Amazonie ?

Comme je vous le disais un peu plus tôt, j´ai commencé une étude sur la mise en place d´un projet pouvant permettre aux Indiens Parecis de produire des produits naturels de manière durable, de mieux survivre et de mieux contrer la déforestation.

Je souhaite aussi continuer de sensibiliser les gens à l´importance de soutenir ces peuples et de protéger l´environnement.

Il s´agit pour moi d´un engagement de vie et il y a beaucoup à faire.

– Merci !

 Et bien évidemment, nous vous mettons en relation avec la famille Impériale du Brésil.
 

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cerise
Mardi 19 Juin 2012 à 19:55

coucou

cette société qui en veut toujours plus est entrain de décimer des populations et le poumon vert qu’est l’amazonie pour notre planète en pâtit largement aussi , nous nous auto détruisons , c’est absolument lamentable, quand arriverons nous à comprendre que la surconsommation nuit grandement aux générations futures , mais franchement il y a si peu de gens qui s’en soucient que c’en est affligeant , je vais souvent signer des pétitions concernant l’écologie et pour ce style de problème , je me demande parfois si cela sert à quelque chose , mais je ne suis pas du genre à abdiquer donc je recommence dès qu’un problème me révolte , je suis allée sur le site de cette jeune femme, chapeau !

bonne soirée

bisous

Répondre
Jeudi 21 Juin 2012 à 10:11

belle interview ! 😉 bonne journée ensoleillée, christel

Répondre
Jeudi 21 Juin 2012 à 19:27

Bonsoir Michel !

Une interview bien menée et passionnante. J’espère que l’action de cette femme sera plus médiatisée à l’avenir, car elle est noble.

Bonne soirée à toi, et à bientôt !

 

Minéraline

Répondre
Vendredi 22 Juin 2012 à 02:45

et elle a vraiment commencé très tôt, quelle force vive!!!

merci à toi d’offrir ici ce billet en partage

bises et amitiés

bon début d’été à toi

Répondre
Vendredi 22 Juin 2012 à 11:20

Très intéressant ! Un sujet qui me touche tout particulièrement, tu le sais.

Répondre
Samedi 23 Juin 2012 à 07:53

là je viens juste remercier pour la visite mais je reviendrai lire car le sujet me passionne

Répondre
Fethi
Dimanche 24 Juin 2012 à 11:58

Un témoignage poignant. Bon dimanche

Répondre
Samedi 11 Août 2012 à 12:52

Il faut du courage et de la foi… et de la constance pour mener un tel combat et en faire le sien!

Bravo et … que les dieux écoutent et regardent;..

Répondre
Kimcat
Lundi 13 Août 2012 à 19:08

Merci Michel pour ce magnifique article qui me sensibilise, bien évidemment.

Bravo à Emilie qui défend l’Amazonie en péril comme tout ce qu’il y a de beau et naturel sur cette planète.

Bises et chamitiés

Béa kimcat

Répondre
10  Ederza
Samedi 30 Mars 2013 à 06:01

Merci d’être passé chez moi, Michel, tu as toujours de beaux reportages, grandes bises, et bonne continuation.

Répondre
11  nicolau ben sadoun
Samedi 30 Mars 2013 à 06:01

Message du 06  12  2012 remis et rectifié

 

cher emilie,je fai appel a vous car j aimerai vous rencontrer un jour ci c est possible;ma femme est kalinia de guyane elle n a pas revu ca famille depuis 34 ans.ses parents sont morts lorsqu elle etait petite et elle a etait elever par des soeurs puis elle est venu en france pour faire des etudes et elle n a jamais pu revenir voir ca famille;son frere est passer chef de vilage l annee derniere.nous emerions vous rencontrer pour voir ci nous pourions faire des choses enssemble.desoler pour les photes d ortographe mai comme quelqu un la ci bien dit ,l important est invisible pour les yeux. nous serions vraiment heureux de pouvoir vous rencontrer et en attendan pouvoir comuniquer .merci de votre temp alex.

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